L’alternance s’est imposée comme l’un des faits marquants du paysage éducatif français de la dernière décennie. Portée par des réformes successives et un engouement croissant des entreprises comme des étudiants, elle a franchi des seuils historiques. Alors que l’année 2026 s’ouvre, il est temps de dresser un bilan et d’esquisser les évolutions à venir.
Une croissance spectaculaire
Les chiffres donnent le vertige. En 2018, la France comptait environ 450 000 apprentis. En 2023, ce nombre avait plus que doublé pour dépasser les 900 000. Cette explosion s’explique par la loi « Avenir professionnel » de 2018, qui a profondément simplifié le cadre réglementaire de l’apprentissage : ouverture aux entreprises de toutes tailles, création facilitée de CFA, extension de la limite d’âge à 29 ans révolus.
Les aides financières accordées aux employeurs ont également joué un rôle décisif. En rendant le coût de l’embauche d’un alternant quasi nul la première année, le gouvernement a levé le principal frein des petites entreprises. Les TPE et PME, longtemps réticentes face à la complexité administrative, ont massivement adopté le dispositif. Dans certains secteurs comme le numérique, le BTP ou la restauration, l’alternance est devenue le mode de recrutement privilégié pour les postes juniors.
Un modèle qui a fait ses preuves
Au-delà des volumes, les résultats qualitatifs sont au rendez-vous. Les taux d’insertion professionnelle des alternants surpassent systématiquement ceux des formations classiques, à diplôme équivalent. Les entreprises témoignent d’une satisfaction élevée concernant les compétences des alternants qu’elles accueillent. Et les étudiants eux-mêmes plébiscitent ce mode de formation qui leur permet de construire un projet professionnel concret.
L’alternance a aussi contribué à revaloriser des filières longtemps délaissées. Les métiers manuels, techniques et artisanaux bénéficient d’un regain d’intérêt grâce à la visibilité accrue de l’apprentissage. Les familles qui hésitaient à orienter leurs enfants vers ces parcours constatent désormais que l’alternance mène à des emplois stables et bien rémunérés. Le regard porté sur l’apprentissage a profondément changé en moins de dix ans.
Les défis persistants
Le tableau n’est pas exempt de zones d’ombre. Plusieurs problématiques méritent attention pour pérenniser la dynamique.
La question du financement reste sensible. France Compétences, l’organisme régulateur, fait face à un déficit structurel lié à la montée en charge rapide du système. L’équilibre entre accessibilité et soutenabilité budgétaire est un sujet majeur pour les années à venir.
Les ruptures de contrat constituent un autre point de vigilance. Environ 25 % des contrats d’apprentissage sont rompus avant leur terme, un chiffre qui interroge sur la qualité de l’accompagnement et l’adéquation entre les attentes des alternants et la réalité en entreprise. Les causes sont multiples : décalage entre la formation théorique et les missions confiées, manque de tutorat au sein de l’entreprise, ou encore difficultés financières liées au coût de la vie, notamment pour les alternants contraints de se loger loin de leur famille.
Enfin, l’accès à l’alternance reste inégal selon les territoires et les profils. Les étudiants issus de quartiers prioritaires, les personnes en situation de handicap ou les candidats résidant en zones rurales rencontrent davantage de difficultés pour trouver une entreprise d’accueil.
Les perspectives pour 2026
Plusieurs tendances se dessinent pour l’année en cours et au-delà.
La digitalisation de l’alternance s’accélère. Les plateformes de mise en relation entre candidats et entreprises se multiplient, facilitant le processus de recherche. Pour explorer les opportunités disponibles, des sites spécialisés comme centre-alternance.fr centralisent les informations sur les formations et les démarches à suivre.
L’internationalisation de l’apprentissage progresse également. Le dispositif Erasmus+ pour les apprentis gagne en visibilité, permettant des mobilités de quelques semaines à plusieurs mois dans un autre pays européen.
Enfin, l’alternance dans l’enseignement supérieur continue de se développer. Les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs intègrent de plus en plus l’alternance dans leurs cursus, achevant de dissiper l’image d’une voie réservée aux formations courtes. Des masters spécialisés en alternance apparaissent dans des domaines aussi variés que l’intelligence artificielle, la finance durable ou le management du luxe. Cette montée en gamme confirme que l’alternance n’est plus une solution par défaut mais un choix stratégique de formation.
Un modèle à consolider
L’alternance française est à un tournant. Après une phase d’expansion rapide, l’enjeu est désormais de consolider le modèle : garantir la qualité des formations, assurer un accompagnement renforcé des alternants et maintenir un financement viable. Les pouvoirs publics devront trouver le juste équilibre entre soutien financier et exigence qualitative, sans étouffer une dynamique qui a transformé le marché de l’emploi des jeunes. Si ces défis sont relevés, l’alternance continuera de s’affirmer comme un pilier de la formation et de l’emploi en France, et pourrait même inspirer d’autres pays européens qui observent le modèle français avec intérêt.