Le secteur de l’éducation au Vietnam présente un paradoxe particulièrement intéressant pour les investisseurs. Le pays dispose d’une population très attachée à la réussite scolaire, d’un bon niveau d’éducation générale et de familles prêtes à consacrer une part importante de leurs revenus à la formation de leurs enfants. Dans le même temps, l’offre disponible ne répond pas encore pleinement aux besoins d’une économie qui monte en gamme, attire davantage d’investissements étrangers et doit former des millions de travailleurs aux métiers de demain.

Cette situation crée des opportunités dans plusieurs segments : écoles internationales et bilingues, enseignement supérieur, formation professionnelle, apprentissage de l’anglais, technologies éducatives, programmes diplômants internationaux et formation continue des salariés.

L’intérêt des investisseurs étrangers est déjà visible, notamment dans les établissements privés, les partenariats universitaires et l’EdTech. En 2023, les jeunes entreprises vietnamiennes spécialisées dans les technologies éducatives auraient attiré environ 200 millions de dollars d’investissement. Le pays compte désormais plus de 750 entreprises EdTech, tandis que le nombre d’utilisateurs de services éducatifs en ligne pourrait atteindre 11,8 millions d’ici 2029.

Le marché ne doit cependant pas être abordé uniquement comme une opportunité démographique. Sa croissance repose surtout sur un besoin structurel : rapprocher les compétences enseignées des besoins réels des entreprises vietnamiennes et étrangères.

Les principaux enseignements du rapport de PwC

Le rapport de PwC intitulé Vietnamese education: good results, yet still much to do mettait déjà en évidence les principales forces et faiblesses du système éducatif vietnamien. Bien que publié il y a plusieurs années et fondé en partie sur les résultats PISA de 2012, il reste utile pour comprendre les fondements du marché actuel :

  • Le premier constat du rapport est la qualité relativement élevée de l’éducation générale. Lors de sa première participation à l’enquête PISA, le Vietnam s’était classé 17e en mathématiques, 18e en sciences et 17e en compréhension de l’écrit parmi 65 pays, devant plusieurs économies plus développées. Le document reliait ces résultats à un taux d’alphabétisation élevé, à une forte valorisation sociale de l’éducation et à l’engagement historique de l’État en faveur de l’enseignement primaire et secondaire.
  • Le deuxième constat était beaucoup plus critique : les bonnes performances de l’enseignement général ne se traduisaient pas nécessairement par une formation supérieure adaptée au marché du travail. Le rapport soulignait une offre universitaire insuffisante, des capacités d’accueil limitées et un décalage important entre les qualifications des diplômés et les attentes des employeurs.

PwC relevait également que les universités privées étaient nécessaires pour accompagner la transformation du système, mais qu’elles rencontraient des difficultés de rentabilité, de positionnement et de recrutement. Le rapport identifiait enfin l’enseignement de l’anglais, les partenariats internationaux et les études à l’étranger comme des segments en forte croissance. Les graphiques des pages 5 et 6 montraient notamment l’augmentation du nombre d’étudiants inscrits dans le privé, la progression des départs à l’étranger et le développement rapide des centres de langues.

Ces conclusions historiques restent pertinentes, mais elles doivent aujourd’hui être replacées dans un contexte nouveau : le Vietnam est devenu un centre industriel majeur, sa classe moyenne a progressé et les entreprises recherchent désormais des compétences plus techniques, numériques et managériales.

Pourquoi les besoins éducatifs augmentent-ils aussi rapidement ?

La demande vietnamienne ne repose pas uniquement sur la croissance de la population scolaire. Elle est alimentée par la transformation de l’économie.

Le Vietnam attire depuis plusieurs années des investissements étrangers dans de nombreux secteurs : l’électronique, l’industrie manufacturière, les composants automobiles, les technologies, les services, les centres de données et les activités de recherche. En 2024, le pays a reçu des investissements provenant de 114 pays et territoires. Singapour, la Corée du Sud, la Chine, Hong Kong et le Japon figuraient parmi les principaux investisseurs.

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Ces investissements créent des besoins importants en ingénieurs, techniciens, responsables qualité, cadres intermédiaires, spécialistes de la supply chain, développeurs, managers de production et professionnels capables de travailler dans un environnement international.

Or, les employeurs signalent encore des difficultés de recrutement. Une étude de la Banque mondiale indiquait que 73 % des entreprises interrogées rencontraient des difficultés à trouver des profils dotés de compétences en leadership et en management, 68 % pour les compétences techniques spécifiques aux métiers et 54 % pour les compétences socio-émotionnelles.

Ce décalage entre les formations et les emplois disponibles constitue l’un des principaux moteurs commerciaux du secteur éducatif. Les entreprises ne recherchent plus seulement des diplômés. Elles recherchent des personnes immédiatement opérationnelles, capables de résoudre des problèmes, de travailler en équipe, de communiquer en anglais et de maîtriser les outils numériques.

Pourquoi les besoins éducatifs augmentent-ils aussi rapidement ?

Un enseignement supérieur qui doit encore changer d’échelle

Le Vietnam a réalisé des progrès importants dans l’accès à l’éducation de base, mais l’enseignement supérieur reste relativement limité par rapport aux ambitions économiques du pays.

La Banque mondiale estimait que le taux brut de scolarisation dans le supérieur restait inférieur à 30 %, soit l’un des niveaux les plus faibles d’Asie de l’Est. Le taux brut d’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur était pour sa part évalué à environ 19 %.

Cette situation représente une contrainte pour le pays, mais également une opportunité pour les investisseurs. Le Vietnam doit simultanément augmenter le nombre de places disponibles, améliorer la qualité des cursus, développer la recherche et renforcer les liens entre universités et entreprises.

La Banque mondiale estime par ailleurs que les rendements privés de l’enseignement supérieur au Vietnam dépassent 15 % par an, ce qui signifie que les diplômés bénéficient généralement d’une progression significative de leurs revenus sur le long terme.

Cette valeur économique explique pourquoi de nombreuses familles acceptent de payer pour des programmes privés, internationaux ou spécialisés, à condition qu’ils offrent une réelle perspective d’emploi.

Les opportunités ne concernent donc pas uniquement la création d’universités généralistes. Elles peuvent prendre la forme de programmes conjoints, de doubles diplômes, de campus délocalisés, de formations courtes certifiantes ou de partenariats entre établissements étrangers et institutions vietnamiennes.

Une stratégie gouvernementale tournée vers 2030 et 2045

À la fin de l’année 2024, le gouvernement vietnamien a approuvé une stratégie nationale de développement de l’éducation à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045.

Cette stratégie vise à moderniser le système, à améliorer la qualité de l’enseignement, à renforcer l’intégration internationale et à mieux répondre aux besoins de l’économie numérique et de la quatrième révolution industrielle. D’ici 2030, le Vietnam ambitionne de disposer d’un système éducatif avancé à l’échelle asiatique, puis de se rapprocher des standards internationaux les plus élevés à l’horizon 2045.

Parmi les objectifs annoncés figurent un taux d’achèvement de 99,7 % dans le primaire, de 99 % au niveau secondaire inférieur et de 95 % au lycée. Le gouvernement souhaite également développer la scolarisation à temps complet et accroître progressivement la contribution du secteur non public.

Dans l’enseignement général, les écoles privées devraient représenter environ 5 % des établissements et accueillir 5,5 % des élèves à l’horizon 2030. Ce niveau demeure modeste, mais il indique une volonté de mobiliser davantage les capitaux privés pour compléter les capacités du système public.

L’enseignement supérieur doit lui aussi gagner en autonomie, renforcer la recherche appliquée et développer des programmes correspondant davantage aux besoins des entreprises. La priorité donnée aux hautes technologies, à l’innovation et au développement de ressources humaines qualifiées ouvre également la voie à de nouvelles collaborations internationales.

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Les écoles internationales et bilingues : une demande plus large que la communauté expatriée

Les écoles internationales au Vietnam ne s’adressent plus uniquement aux enfants d’expatriés. Une part croissante de leur clientèle est constituée de familles vietnamiennes aisées ou appartenant à la classe moyenne supérieure.

Ces familles recherchent généralement un environnement bilingue, des méthodes pédagogiques internationales, une meilleure maîtrise de l’anglais et un accès facilité aux universités étrangères.

Cette évolution soutient la création d’écoles internationales, de programmes bilingues et d’établissements appliquant des cursus étrangers ou hybrides. La demande est particulièrement concentrée à Hô Chi Minh-Ville et Hanoï, mais elle se développe aussi dans des villes industrielles comme Hai Phong, Da Nang, Binh Duong, Dong Nai et Bac Ninh.

Le potentiel existe toutefois surtout pour les établissements capables de proposer une offre clairement différenciée. Le segment haut de gamme est déjà concurrentiel dans les deux principales métropoles. Les nouveaux entrants doivent donc définir précisément leur positionnement : programme académique, langue d’enseignement, niveau des frais, localisation, équipements, services extrascolaires et débouchés universitaires.

Des modèles intermédiaires peuvent présenter un potentiel important : écoles bilingues accessibles à la classe moyenne, programmes internationaux intégrés dans des établissements vietnamiens ou réseaux scolaires implantés dans les nouveaux quartiers urbains.

L’enseignement professionnel au centre des besoins industriels

La formation professionnelle constitue probablement l’un des segments les plus directement liés aux investissements étrangers.

Les entreprises industrielles ont besoin de techniciens capables d’utiliser des machines automatisées, de contrôler la qualité, d’assurer la maintenance, de lire des plans techniques et de respecter des procédures internationales. Ces compétences sont souvent difficiles à trouver sur le marché local.

Des opportunités existent donc pour les écoles techniques, les centres de formation en entreprise, les programmes d’alternance et les partenariats entre industriels et établissements de formation.

Les secteurs prioritaires comprennent notamment la mécatronique, l’automatisation, l’électronique, la maintenance industrielle, les énergies renouvelables, la logistique, les semi-conducteurs, le développement logiciel et la gestion de la qualité.

Pour les entreprises étrangères, le modèle le plus pertinent n’est pas toujours la création d’un établissement autonome. Il peut être plus efficace de développer un programme avec une université, un collège professionnel, un parc industriel ou un groupe d’employeurs partageant les mêmes besoins.

L’anglais et les compétences internationales restent des marchés majeurs

Le rapport de PwC identifiait déjà l’apprentissage de l’anglais comme l’un des segments les plus dynamiques. Cette tendance s’est renforcée avec l’intégration du Vietnam dans les chaînes de valeur mondiales.

La capacité à communiquer en anglais est devenue importante pour accéder aux postes de management, aux entreprises étrangères et aux études internationales. Le gouvernement encourage par ailleurs l’enseignement des langues et a renforcé la place de l’anglais dans les programmes scolaires.

Les opportunités vont désormais au-delà des centres de langues traditionnels. Elles concernent l’anglais professionnel, les formations par secteur, la préparation aux tests internationaux, les cours pour enfants, les plateformes hybrides et les solutions de formation linguistique destinées aux entreprises.

Le développement de l’anglais doit néanmoins être associé à une proposition de valeur claire. Le marché des cours généralistes est fragmenté et très concurrentiel. Les offres spécialisées dans l’employabilité, l’industrie, la technologie, l’hôtellerie ou la communication professionnelle peuvent présenter un meilleur potentiel.

L’EdTech, l’intelligence artificielle et l’apprentissage hybride

Le marché vietnamien de l’EdTech devrait avoir atteint environ 364,7 millions de dollars en 2024, avec une croissance annuelle moyenne estimée à 13,5 % jusqu’en 2032.

Le marché couvre l’enseignement primaire et secondaire, les langues, les sciences, la préparation aux examens, la formation supérieure, les logiciels de gestion scolaire et les plateformes de formation professionnelle.

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La forte pénétration d’Internet et des smartphones facilite l’adoption des outils numériques. L’intelligence artificielle peut également soutenir la personnalisation des cours, l’évaluation automatisée, la création de contenus et le suivi de la progression des apprenants.

Les plateformes entièrement en ligne rencontrent cependant certaines limites. Les diplômes à distance peuvent être moins bien reconnus par les employeurs, tandis que l’absence d’interactions directes peut réduire la motivation et l’engagement des étudiants.

Les modèles hybrides, associant contenus numériques, enseignants, communautés d’apprentissage et séances en présentiel, peuvent donc être mieux adaptés au marché vietnamien.

Les investisseurs doivent aussi tenir compte des règles relatives aux données personnelles et à leur éventuelle conservation au Vietnam, notamment pour les entreprises étrangères fournissant des services éducatifs en ligne.

Les opportunités les plus prometteuses pour les investisseurs étrangers

Le secteur vietnamien de l’éducation offre plusieurs voies d’entrée :

  • Les établissements étrangers peuvent développer des campus, des écoles internationales ou des programmes diplômants avec des partenaires vietnamiens. Les fournisseurs de formation peuvent proposer des programmes destinés aux entreprises, aux universités ou aux travailleurs souhaitant développer leurs compétences.
  • Les entreprises technologiques peuvent intervenir dans les logiciels de gestion scolaire, les plateformes d’apprentissage, l’évaluation, l’intelligence artificielle et les outils de formation professionnelle.
  • La formation des enseignants constitue également un besoin important. La modernisation des méthodes pédagogiques, l’apprentissage par projet, l’enseignement des sciences et l’intégration des outils numériques nécessitent une montée en compétences du personnel éducatif.
  • Enfin, les investisseurs peuvent envisager l’acquisition ou la prise de participation dans des opérateurs existants. Le marché comprend de nombreuses structures de taille moyenne qui peuvent disposer d’une marque reconnue, d’autorisations, de locaux et d’une base d’élèves, mais manquer de capitaux ou d’expertise pour se développer.

Un potentiel réel, mais un modèle économique à construire avec prudence

Le rapport de PwC rappelait déjà que l’existence d’une forte demande ne garantissait pas la rentabilité d’un établissement privé. Certaines universités avaient rencontré des difficultés à atteindre un nombre suffisant d’inscriptions, malgré le besoin global de formation.

Cette observation reste essentielle. Un investisseur doit évaluer le niveau de revenu des familles ciblées, le coût du foncier, les frais de recrutement des enseignants, la reconnaissance des diplômes et le temps nécessaire pour atteindre un taux de remplissage satisfaisant.

La réglementation varie également selon le type d’activité : école, centre de langues, université, programme conjoint ou plateforme numérique. Les exigences peuvent concerner le capital, les locaux, les qualifications des enseignants, les programmes, les autorisations et les certifications délivrées.

Le choix d’un partenaire local peut faciliter l’accès au marché, mais nécessite une vérification approfondie de sa gouvernance, de ses licences et de sa réputation.

Un potentiel réel, mais un modèle économique à construire avec prudence

Un marché stratégique au-delà de l’éducation elle-même

Le développement de l’éducation au Vietnam est directement lié à la capacité du pays à poursuivre sa transformation économique.

Le système scolaire produit de bons résultats fondamentaux, mais l’enseignement supérieur et la formation professionnelle doivent encore gagner en capacité, en qualité et en pertinence. Ce décalage crée une demande durable pour des établissements privés, des cursus internationaux, des programmes techniques et des solutions numériques.

Pour les investisseurs étrangers, les meilleures opportunités ne consistent pas nécessairement à reproduire un modèle éducatif conçu dans un autre pays. Elles résident plutôt dans l’adaptation de méthodes internationales aux besoins concrets des familles, des étudiants et des employeurs vietnamiens.

Le marché est porteur, mais les projets les plus solides seront ceux qui combinent une réelle qualité pédagogique, un positionnement accessible, une compréhension de la réglementation et des débouchés clairement identifiables pour les apprenants.